Le procès du général d’armée Christian Tshiwewe et de plusieurs autres officiers s’est poursuivi jeudi 6 août devant la Haute cour militaire à Kinshasa. Au cours de l’audience, les avocats de la défense ont multiplié les contestations sur la régularité de la procédure, mettant notamment en cause l’intervention du Conseil national de cyberdéfense (CNC), les conditions d’arrestation et le gel des avoirs de certains prévenus.
Au centre des débats, le conseil du général-major Maurice Nyembo a contesté la compétence du CNC dans les actes d’enquête et d’arrestation posés dans le dossier. Me Ghislain Okito estime notamment que cet organe ne disposait pas du pouvoir d’arrêter son client à son domicile sans mandat de perquisition.
« D’où le CNC tire-t-il le droit d’aller arrêter notre client à 2 heures du matin, sans mandat de perquisition ? Le CNC n’a aucune compétence pour ouvrir une enquête judiciaire, arrêter, détenir ou poursuivre qui que ce soit », a déclaré Me Ghislain Okito.
La défense de Maurice Nyembo a ensuite soulevé une autre irrégularité concernant les dates figurant dans le procès-verbal de saisine. Me Étienne Lombela relève que le document est daté du 9 juillet 2024, alors qu’il mentionne une audition intervenue le 10 juillet. Pour l’avocat, cette chronologie signifie que son client aurait été placé sous mandat d’arrêt provisoire avant d’avoir été entendu.
« En d’autres termes, on l’a arrêté et placé sous MAP sans être préalablement auditionné. C’est gravissime », a plaidé Me Étienne Lombela, qui demande à la Haute cour militaire d’annuler le procès-verbal de saisine.
La défense conteste également le gel des avoirs
Le même conseil a par ailleurs demandé l’annulation de la réquisition AG/007/2026, signée le 29 janvier 2026 par le premier auditeur général, le général de brigade Mutenga. Cet acte avait ordonné le gel des avoirs de Maurice Nyembo.
Pour la défense, cette mesure aurait été prise sans que le général-major ait été préalablement entendu. Me Étienne Lombela invoque notamment la protection constitutionnelle du droit de propriété pour demander à la Haute cour militaire de constater la nullité de cette réquisition.
« L’article 34 de la Constitution dispose que la propriété privée est sacrée. On ne peut pas sanctionner quelqu’un sans l’avoir entendu », a soutenu l’avocat.
John Tshinyabuguma : la défense demande une liberté provisoire
De son côté, la défense du général de brigade John Tshinyabuguma a dénoncé les conditions d’arrestation de son client, qualifiées d’« illégales, arbitraires et irrégulières ». Me Monique Nzeba a demandé à la Haute cour militaire de lui accorder une liberté provisoire.
L’avocate assure que son client, présenté comme un agent de renseignement, resterait disponible pour répondre aux convocations de la juridiction. Elle a également insisté sur le fait que son identité et son adresse sont connues et qu’il a consacré sa carrière au service de l’armée.
« C’est un général qui n’a fait que l’armée. Ce sont des raisons pour lesquelles vous devez lui accorder une liberté provisoire », a plaidé Me Monique Nzeba.
L’affaire oppose ainsi le ministère public à plusieurs officiers poursuivis pour une série de faits lourds, notamment complot, trahison, apologie du terrorisme, propagation de faux bruits, violation des consignes, désertion à l’étranger, détention illégale d’armes et de munitions de guerre et incitation de militaires à commettre des actes contraires au devoir et à la discipline. Les moyens soulevés jeudi par les différentes défenses devront désormais être examinés par la Haute cour militaire.
Charite-Dadie Zamba
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