Après les accords, les négociations et les milliards mobilisés, une autre question s’impose : que reste-t-il concrètement pour le citoyen ?
La première partie de cette analyse a interrogé les résultats de Suminwa II sur la sécurité, la diplomatie, le M23, le budget et l’endettement. Mais le bilan ne s’arrête pas aux signatures et aux annonces. Il faut maintenant regarder les dépenses publiques, le pouvoir d’achat, la santé, les infrastructures et la vie quotidienne des Congolais.
7. Le Trésor continue de solliciter le marché
L’Eurobond n’est pas le seul instrument utilisé pour financer l’État. La RDC continue également de recourir aux titres du Trésor pour mobiliser des ressources.
Question politique : pourquoi un État qui affiche une amélioration de ses recettes doit-il multiplier les mécanismes d’endettement pour financer son fonctionnement et ses besoins immédiats ?
La question n’est pas d’être contre l’emprunt. Elle est de savoir où va l’argent et quelle richesse il crée.
8. Franc congolais : la stabilité du taux de change ne remplit pas le panier
Le franc congolais s’est apprécié face au dollar. Mais une monnaie plus forte ne signifie pas automatiquement que le ménage congolais vit mieux.
La véritable mesure du pouvoir d’achat reste ce que le salaire permet effectivement d’acheter.
Question politique : combien coûte aujourd’hui le panier alimentaire moyen d’un ménage par rapport à son revenu disponible ?
La stabilité monétaire est une bonne chose, mais elle ne doit pas être confondue avec la prospérité des ménages.
9. Santé : Ebola, mais aussi des soignants impayés
La RDC a été confrontée en 2026 à une nouvelle flambée d’Ebola. Au même moment, des agents de santé affectés à la riposte se sont retrouvés en grève.
En juillet 2026, des soignants du centre de traitement d’Ebola de Rwampara, à Bunia, protestaient contre des salaires et primes impayés. D’autres informations faisaient état de personnels accusant plus de 52 jours sans salaire.
Question politique : comment mener efficacement une riposte épidémique lorsque certains de ceux qui doivent sauver les malades ne sont eux-mêmes pas payés ?
10. Une épidémie et une question sur la gestion des fonds
Le 31 juillet 2026, la Première ministre Judith Suminwa a demandé un rapport détaillé sur les ressources mobilisées par le gouvernement et ses partenaires dans le cadre de la riposte contre Ebola.
Cette demande est légitime, mais elle soulève une question fondamentale de gouvernance.
Question politique : combien d’argent a été mobilisé, combien a été dépensé sur le terrain et combien est parvenu aux agents chargés de la riposte ?
Dans une crise sanitaire, chaque dollar doit pouvoir être retracé.
11. Infrastructures : des milliards dépensés, mais quelle durée de vie ?
Routes, ponts, bâtiments publics : le gouvernement présente les infrastructures comme l’un de ses grands chantiers.
Mais le problème n’est pas seulement de construire. Il faut construire durablement.
Lorsqu’une route se détériore avant même la réception définitive du chantier, trois questions se posent : qui a contrôlé les travaux ? Qui a payé ? Qui doit répondre de la mauvaise qualité ?
Question politique : pourquoi l’État continue-t-il de payer des ouvrages dont la qualité et la durabilité sont parfois contestées ?
Le développement ne se mesure pas au nombre de rubans coupés, mais au nombre d’ouvrages qui restent debout dix, quinze ou vingt ans après leur inauguration.
12. Le social : quelle amélioration concrète pour le Congolais ?
Et voici peut-être la question qui résume toutes les autres.
Une économie peut afficher des indicateurs positifs. Un gouvernement peut signer des accords. Un pays peut lever des milliards.
Mais si le fonctionnaire attend son salaire, si le médecin attend sa prime, si l’étudiant attend une meilleure université, si le commerçant lutte contre la cherté de la vie et si le jeune ne trouve toujours pas d’emploi, alors le bilan social reste incomplet.
Question politique : après douze mois de Suminwa II, combien d’emplois décents ont réellement été créés ? Combien de ménages ont vu leur pouvoir d’achat augmenter ?
C’est cela, le véritable baromètre d’un gouvernement.
Conclusion : les Congolais ne mangent pas les communiqués
Douze mois. Des accords. Des protocoles. Des négociations. Des emprunts. Des annonces. Des promesses.
Mais derrière les communiqués, il y a un peuple qui veut la sécurité, le travail, des salaires payés à temps, des routes durables, des hôpitaux fonctionnels et une meilleure éducation pour ses enfants.
La Première ministre Judith Suminwa ne peut pas être tenue responsable de chaque problème structurel de la RDC, ni de tous les échecs de l’État.
Mais après douze mois, son gouvernement doit accepter le principe élémentaire de toute démocratie :
Le pouvoir se juge aux résultats.
Après douze mois de Suminwa II, qu’est-ce que le Congolais ordinaire peut montrer du doigt et dire : « Voilà, ma vie a réellement changé » ?
Parce qu’en politique, un accord n’est pas une victoire ; un emprunt n’est pas une richesse ; une promesse n’est pas un résultat et une inauguration n’est pas un développement.
Les Congolais ne mangent pas les communiqués.
Serge MANYA, le Dissident.
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