Tribune de Serge MANYA « Le Dissident »
Le 27 mai 2025, les Kinois apprenaient avec soulagement parfois même avec enthousiasme que la Banque mondiale venait d’approuver un financement de 200 millions USD pour renforcer la résilience de Kinshasa et moderniser son système d’assainissement. Une décision présentée comme un tournant pour une capitale régulièrement frappée par les inondations, l’érosion, l’insalubrité et l’effondrement progressif de ses infrastructures.
Au-delà du montant, cette approbation constituait un signal international fort; une reconnaissance du travail amorcé par la nouvelle administration urbaine, menée par le gouverneur Daniel Bumba Lubaki, notamment après la récupération de la décharge de Mpasa, spoliée près d’une décennie. Les experts de la Banque mondiale saluaient ce geste, qualifiant le site de « pivot stratégique » pour une politique d’assainissement moderne et durable.
Les objectifs annoncés étaient précis :
– réduire les inondations ;
– moderniser les réseaux d’assainissement ;
– construire des infrastructures résilientes ;
– renforcer la gestion des déchets ;
– préparer Kinshasa aux chocs climatiques.
Un an s’est écoulé. Et une question revient : où en sommes-nous vraiment ?

Les Kinois n’ont pas la mémoire courte. Ils se souviennent des promesses, mais vivent surtout les réalités. Car malgré l’enthousiasme initial, les habitants continuent de marcher dans des torrents d’eaux sales à la moindre pluie. Les déchets débordent toujours dans les artères secondaires. Les ravins grignotent les quartiers. Et la capitale reste enfermée dans un assainissement fragile, souvent improvisé, rarement durable.
Mpasa : un “pivot stratégique” déjà sous pression ?
Mpasa devait devenir la pierre angulaire d’une nouvelle gouvernance des déchets. Pourtant, un an après, la population peine à percevoir un changement concret dans la collecte, le tri ou l’acheminement des déchets vers ce site pourtant sécurisé.
Le financement annoncé devait accélérer les travaux, mais aucune communication d’envergure n’a éclairé l’opinion sur :
– le niveau d’exécution ;
– les entreprises retenues ;
– les infrastructures réalisées ;
– ou même la progression de l’utilisation des fonds.
Kinshasa, ville résiliente : promesse ou réalité ?
Le projet visait également à renforcer la capacité de la ville à affronter les effets du changement climatique. Cependant :
– les mêmes quartiers restent submergés chaque saison ;
– les réseaux de drainage demeurent obstrués ;
– les chantiers attendus restent invisibles pour la majorité.
L’opacité qui entoure le suivi du financement nourrit désormais davantage de questions que de réponses.
Un devoir de transparence
200 millions USD ne sont pas un simple chiffre.
C’est l’avenir de la ville.
C’est le quotidien de plus de 17 millions d’habitants.
Un an après l’annonce, il est légitime et même indispensable de demander :
– quel montant a réellement été décaissé ?
– quels projets ont été lancés ?
– quels chantiers sont terminés ou en cours ?
– quel est l’état actuel du site de Mpasa ?
– quelles avancées concrètes contre les inondations ?
– qui coordonne l’ensemble du programme ?
– où sont les rapports d’étape destinés au public ?
Serge MANYA, Le Dissident, pose la question : transparence ou silence ?

Kinshasa mérite mieux que de grandes annonces suivies d’un long mutisme administratif.
Les habitants méritent des explications.
La ville mérite une gestion rigoureuse.
Et ce financement colossal mérite une véritable reddition des comptes.
Tant que les réponses manquent, la question persiste :
200 millions USD pour l’assainissement de Kinshasa… mais un an plus tard, où en sommes-nous réellement ?
— Serge MANYA
— Le Dissident.
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