« Il m’a compris » mais les évêques attendent toujours!
Au sortir de sa rencontre avec le Président Félix Tshisekedi, Martin Fayulu a livré un message direct « Le pays est en détresse. Nous devons créer un camp de la patrie. Je lui ai demandé de rencontrer les évêques de la Cenco et les pasteurs de l’ECC. Il m’a compris. »
L’opposant, longtemps en guerre ouverte avec le régime Tshisekedi, s’est mué en relais de la proposition spirituelle restée sans suite depuis des mois. Mais face aux journalistes, sa prudence laisse un goût amer « Il a promis de répondre rapidement. » Un ton connu. Car depuis février, les chefs religieux attendent toujours que le Chef de l’État réagisse à leur offre de médiation.
Le pacte social… laissé sans écho
Le 3 février 2025, les évêques de la CENCO et les responsables protestants de l’ECC ont remis au Président une feuille de route pour un dialogue national. Ce document, intitulé Pacte social pour la paix, visait à rassembler toutes les forces du pays autour d’un socle commun.
« Il ne s’agit pas d’un partage du pouvoir, mais de refonder la nation », avait déclaré Mgr Donatien Nshole lors de la présentation du texte. L’initiative avait obtenu un accueil verbalement favorable de Tshisekedi mais depuis, aucune suite. Silence radio.
Ce contraste est saisissant. Alors que les évêques ont multiplié les initiatives, y compris en allant jusqu’à rencontrer Paul Kagame et les chefs des groupes armés, ils n’ont toujours pas franchi les portes du Palais. En revanche, un opposant politique a pu s’y asseoir, sourire et échanger des accolades.
Fayulu, médiateur par défaut ?
C’est dans ce vide politique que Martin Fayulu s’est glissé. L’homme qui contestait encore récemment la légitimité du Président se présentant lui-même comme « Président élu » appelle désormais à un dialogue national sous l’égide des mêmes évêques que le pouvoir ignore.
Un retournement inattendu. Revirement stratégique ou simple lucidité face à la gravité de la crise ? À lui seul, Fayulu ne peut rouvrir la voie d’un consensus national. Mais son interpellation pose une question, pourquoi la parole d’un opposant est-elle mieux accueillie que celle des pères spirituels de la nation ?
Une écoute sélective au sommet de l’État
Ce contraste est saisissant. Alors que les évêques ont multiplié les initiatives, y compris en allant jusqu’à rencontrer Paul Kagame et les chefs des groupes armés, ils n’ont toujours pas franchi les portes du Palais. En revanche, un opposant politique a pu s’y asseoir, sourire et échanger des accolades.
Cette écoute à géométrie variable jette le doute sur la sincérité de l’exécutif. Est-ce la stature morale qui dérange ? Ou la crainte que le pacte social dépasse les logiques électorales ?
L’Est de la RDC souffre. Et les voix qui appellent au rassemblement attendent toujours à la porte.
Charité-Dadie Zamba
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