Malgré les efforts, jugés vains, de Jean-Marc Kabund qui lui auraient même valu la prison et malgré la volonté affichée du président Félix Tshisekedi de réduire le train de vie des institutions pour soutenir l’effort de guerre à l’Est, la loi de finances initiale 2024 révèle une réalité troublante : les prévisions budgétaires du Fonds spécial d’intervention de l’Assemblée nationale représentent deux tiers des crédits alloués au Programme de développement local de la RDC.
Ces dernières années, la Présidence de la République, la Primature et le Parlement ont consommé plus de ressources que celles affectées à l’exécution des projets de développement du pays.
Un budget controversé au profit des élus
Le plus surprenant, c’est que, selon la loi des finances initiale 2024, deux lignes budgétaires destinées au fonctionnement de l’Assemblée nationale c’est-à-dire les 500 députés et leurs cabinets prévoyaient un montant de 540 324 520 511 FC au titre de fonds spécial d’intervention.
D’après les chiffres publiés par le média en ligne ACTUALITE.CD et consultés par notre média MFUMU NKENTO MAGAZINE, la loi de finances initiale 2024 alloue 755 490 000 000 FC au Programme de développement local des 145 territoires, tandis que 556 729 511 030 FC sont affectés au fonds spécial d’intervention de l’Assemblée nationale. En d’autres termes, ce fonds représente 73 % des prévisions annuelles du PDL 145T, selon le document budgétaire en question.
« Concrètement, en supposant un taux d’exécution à 100 %, les députés nationaux auraient consommé à eux seuls l’équivalent de plus des deux tiers des fonds publics destinés au développement des 145 territoires, où vivent plus de 140 millions de Congolais », peut-on lire dans le rapport.
Ce constat démontre que l’Assemblée nationale, à elle seule, a capté une part significative des crédits budgétaires qui auraient pu être affectés au développement des territoires d’où sont issus les députés siégeant à la Chambre basse du Parlement.
Il convient de souligner que d’autres institutions, notamment la Primature, le Sénat et la Présidence de la République, bénéficient également de fonds spéciaux d’intervention.
Une opacité budgétaire dénoncée
La problématique du manque de transparence autour de ces fonds a déjà été soulevée dans plusieurs rapports, notamment par le Centre de recherches en finances publiques et développement local (CREFDL). Dans une analyse des prévisions budgétaires du Sénat et de l’Assemblée nationale pour l’exercice 2025, publiée le 13 octobre 2024, cette structure avait mis en lumière des irrégularités concernant, entre autres, le fonds spécial d’intervention, les dépenses de rémunération des personnels administratifs et politiques, ainsi que celles des députés nationaux.
Selon le CREFDL, bien que les crédits alloués à l’Assemblée nationale pour 2025 aient connu une baisse de 7,70 % par rapport à l’exercice précédent, « ces prévisions ne sont ni sincères ni crédibles au regard des besoins réels de l’institution ».
C’est pourquoi nous continuons à réitérer notre appel à la mise en place d’un gouvernement de guerre composé de 12 membres et d’un Premier ministre, afin de rendre effective la réduction du train de vie des institutions en cette période de crise.
Serge MANYA
Le Dissident
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