samedi, octobre 3, 2026

Ensemble pour la République au bord de la rupture : Olivier Kamitatu met la crise interne sur la table, l’ombre d’un retour à l’ARC s’installe

La rupture est désormais consommée. Olivier Kamitatu se désengage d’Ensemble pour la République, formation politique dirigée par Moïse Katumbi, au moment où le parti traverse l’une de ses plus importantes crises internes. Son départ intervient après plusieurs jours de tensions, marqués notamment par la suspension du porte-parole Hervé Diakese Kyungu et l’exclusion définitive de Grâce Omari Matandiko.

Au-delà de la démission, c’est surtout le retour d’un acteur politique historique dans son propre espace qui donne à cette séquence une portée particulière. Dans une correspondance adressée au secrétaire général d’Ensemble depuis Lagos, Kamitatu avait déjà transmis au Directoire un rapport consacré à la « crise interne, communication et responsabilités », demandant notamment que les différentes parties soient entendues avant toute décision. Ce document témoignait d’une volonté de porter le débat sur le terrain institutionnel, alors que les tensions entre plusieurs courants du parti devenaient publiques.

De l’ARC au MLC, de Kabila à Katumbi : une trajectoire politique faite de recompositions

Pour comprendre cette rupture, il faut revenir au parcours de Kamitatu. Après son départ du Mouvement de libération du Congo de Jean-Pierre Bemba, dont il fut secrétaire général et sous la bannière duquel il présida l’Assemblée nationale de transition, il fonde en 2006 l’Alliance pour le Renouveau du Congo (ARC). Le parti s’inscrit alors dans les recompositions politiques de l’après-transition et participe à l’Alliance de la majorité présidentielle autour de Joseph Kabila.  

Quelques années plus tard, Kamitatu rejoint le camp de Moïse Katumbi et devient l’une des figures centrales de son dispositif politique. Il participe ensuite à la construction d’Ensemble pour la République, dont il devient l’un des visages les plus identifiés, notamment comme directeur de cabinet et porte-parole de Katumbi.

Olivier Kamitatu aux côtés de Moïse Katumbi et d’autres responsables politiques d’Ensemble pour la République lors d’une rencontre politique.
Olivier Kamitatu aux côtés de Moïse Katumbi et de plusieurs cadres d’Ensemble pour la République. Cette image rappelle une période où leur alliance politique semblait encore solidement ancrée, avant le désengagement officiel de Kamitatu du parti.

C’est donc précisément ce parcours qui donne du poids à son départ. Kamitatu ne quitte pas simplement une formation politique, il se sépare d’une organisation à laquelle il avait apporté une partie de son expérience, de ses réseaux et de son identité politique. Et, surtout, il pourrait désormais reprendre possession d’un instrument politique qui lui est historiquement associé : l’ARC.

Le vrai enjeu : simple séparation ou nouvelle étape politique ?

À ce stade, la question centrale n’est donc pas seulement de savoir pourquoi Kamitatu quitte Ensemble. Elle est de déterminer ce qu’il compte faire de l’après-Ensemble. La relance de l’ARC, évoquée dans les informations accompagnant sa rupture, changerait considérablement la lecture de l’événement.

Car l’ARC n’est pas un parti sorti de nulle part. C’est une formation fondée par Kamitatu en 2006 après son départ du MLC. Une résurrection de cette structure lui permettrait de retrouver une existence politique autonome, après plusieurs années passées dans des configurations plus larges.

Olivier Kamitatu porte les couleurs de l’Alliance pour le Renouveau du Congo (ARC), entouré de plusieurs responsables politiques du parti.
Olivier Kamitatu, alors engagé au sein de l’ARC, entouré de responsables et cadres de son ancienne formation politique. Une image qui renvoie à une étape importante de son parcours politique avant ses différentes alliances successives.

 

Cette hypothèse ouvre alors une autre lecture : Kamitatu chercherait-il à reconstruire son propre espace politique plutôt qu’à rester dans l’orbite d’un autre leadership ? La question est d’autant plus importante que la RDC entre progressivement dans une nouvelle séquence politique, avec les prochaines échéances électorales en ligne de mire.

La crise d’Ensemble, révélateur d’un problème plus profond

Ensemble pour la République, de son côté, se retrouve face à une équation délicate. La direction a récemment choisi la fermeté disciplinaire, Hervé Diakese a été suspendu de ses fonctions de porte-parole et Grâce Omari définitivement exclu du parti. Cette séquence avait déjà exposé des divergences internes et des tensions autour de plusieurs responsables.  

Le départ de Kamitatu donne désormais une autre dimension à cette crise. Il ne s’agit plus seulement d’un conflit entre cadres ou d’une bataille autour de la communication du parti. C’est une figure historique qui s’éloigne du dispositif de Katumbi, avec la possibilité de reconstruire une structure politique indépendante.

Le risque pour Ensemble, si cette dynamique se poursuit, serait de voir certaines de ses composantes historiques chercher à retrouver leur autonomie. Or, un parti politique ne tient pas uniquement par son président. Il repose aussi sur des réseaux, des personnalités, une histoire et des équilibres internes. Le départ d’un responsable de premier plan peut donc modifier ces rapports de force.

Kamitatu face à son propre bilan politique

Mais cette rupture pose aussi une question à Kamitatu lui-même. Son parcours est marqué par plusieurs grandes recompositions : MLC, ARC, majorité de Joseph Kabila, puis rapprochement avec Katumbi et Ensemble. Cette mobilité peut être lue comme une capacité à s’adapter aux transformations du paysage politique congolais. Elle peut également nourrir, chez ses détracteurs, le procès d’une carrière construite au gré des alliances.

L’autre lecture est pourtant possible. Kamitatu a régulièrement occupé des positions centrales dans les périodes de transition et de recomposition. Il dispose d’une expérience institutionnelle considérable et d’un capital politique construit sur plusieurs décennies. La relance de l’ARC pourrait dès lors être interprétée comme une volonté de revenir à une expression politique plus autonome.

C’est précisément là que se situe le véritable enjeu de cette rupture : Kamitatu quitte-t-il simplement Katumbi ou cherche-t-il à redevenir lui-même un pôle politique ? La réponse dépendra moins de son départ d’Ensemble que de sa capacité à donner une nouvelle existence à l’ARC et à lui construire une nouvelle stratégie.

Un divorce qui dépasse donc les personnes

En définitive, la séparation entre Olivier Kamitatu et Ensemble pour la République intervient à un moment où les équilibres de l’opposition congolaise sont appelés à évoluer. Elle remet sur la table la question de l’autonomie des grandes figures politiques, de la solidité des partis construits autour de coalitions et, surtout, de la capacité de ces formations à survivre aux ambitions et aux repositionnements de leurs principaux acteurs.

Kamitatu tourne aujourd’hui une page avec Katumbi. Mais la véritable histoire ne fait peut-être que commencer; celle d’un ancien fondateur qui pourrait reprendre son propre sigle, reconstruire son espace politique et tenter de transformer une rupture interne en nouveau départ.

Charite-Dadie Zamba 

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