Un an de pouvoir : beaucoup d’accords signés, mais où sont les résultats ?

Par Serge MANYA
Il faut parfois arrêter de compter les cérémonies, les communiqués et les poignées de main pour regarder la réalité en face.
Après douze mois de Suminwa II, la véritable question est simple : qu’est-ce qui a concrètement changé dans la vie du Congolais ?
Sur la sécurité, l’économie, la santé, les infrastructures, l’emploi et le pouvoir d’achat, le bilan mérite un examen sans complaisance. Voici 12 faits, 12 chiffres et 12 questions que le gouvernement doit pouvoir affronter.
1. Sécurité : 12 mois de diplomatie, mais toujours pas de paix durable
En 2026, malgré les processus de Washington et de Doha, les affrontements dans l’Est de la RDC se sont poursuivis. Début février, sur les huit protocoles envisagés dans le processus de Doha, seuls deux avaient été signés.
Question politique : après douze mois de Suminwa II, combien de territoires récupérés, de populations durablement sécurisées et de groupes armés réellement désarmés ?
Un accord de paix n’a de valeur que lorsqu’il produit la paix sur le terrain.
2. Rwanda : des accords, mais quelle contrepartie concrète ?
Kinshasa a engagé une intense séquence diplomatique avec Kigali, notamment à travers le processus soutenu par Washington. Mais la diplomatie ne peut pas être évaluée uniquement au nombre de signatures.
La situation sécuritaire dans l’Est est restée extrêmement volatile.
Question politique : quelles concessions Kinshasa a-t-il obtenues et quelles obligations Kigali a-t-il effectivement exécutées sur le terrain ?
Un accord qui ne change pas la situation des déplacés, des territoires occupés et des militaires au front reste, pour le citoyen, un document de plus.
3. M23 : hier « terroriste », aujourd’hui partenaire de négociation
C’est l’une des grandes contradictions de cette période.
Kinshasa a longtemps présenté le M23 comme un mouvement terroriste et une menace existentielle pour la République. Pourtant, le gouvernement négocie désormais directement avec l’AFC/M23 dans le cadre du processus de Doha.
En avril 2026, Kinshasa et l’AFC/M23 sont parvenus à un accord prévoyant notamment la libération de prisonniers.
Question politique : quelle différence fait désormais le gouvernement entre le mouvement qu’il qualifiait hier de terroriste et le partenaire avec lequel il négocie aujourd’hui ?
La paix peut nécessiter le dialogue. Mais le dialogue ne doit pas effacer la cohérence de l’État.
4. 15 prisonniers remis à l’AFC/M23 : et qu’avons-nous obtenu en retour ?
Le 7 août 2026, Kinshasa a confirmé la remise de 15 détenus à l’AFC/M23 dans le cadre du mécanisme d’échange du processus de Doha.
Le gouvernement présente cette opération comme une mesure de confiance.
Question politique : combien de prisonniers congolais ont été libérés en retour ? Combien de territoires ont été restitués ? Combien de populations déplacées sont rentrées chez elles ?
Une concession diplomatique doit produire une contrepartie mesurable.
5. Budget : -7,4 %, l’État revoit ses ambitions à la baisse
Le 20 mai 2026, le gouvernement a adopté un projet de budget rectificatif évalué à environ 21,9 milliards USD, soit une baisse annoncée de 7,4 % par rapport aux prévisions initiales.
Question politique : comment expliquer aux Congolais qu’on leur promet davantage de services publics tout en réduisant les prévisions budgétaires en cours d’exercice ?
Un budget est la traduction financière des priorités de l’État.
6. Eurobond : 1,25 milliard USD de dette nouvelle
En avril 2026, la RDC a réalisé son premier Eurobond et levé 1,25 milliard USD, en deux tranches, avec des rendements de 8,75 % et 9,50 %.
Ce financement peut soutenir l’investissement et les besoins de l’État. Mais un emprunt n’est pas une recette gratuite.
Question politique : quels projets productifs permettront de rembourser cette dette et quelle part de ces 1,25 milliard USD bénéficiera directement à la production, à l’emploi et aux infrastructures ?
Le véritable succès d’un emprunt se mesure à ce qu’il laisse derrière lui.
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