samedi, octobre 3, 2026

Sonko au perchoir, Diomaye sous pression : le Sénégal face à une guerre froide au sommet de l’État

Le Sénégal a vécu, mardi 26 mai, une journée politique sous haute tension. Quelques jours après son limogeage de la Primature par le président Bassirou Diomaye Faye, Ousmane Sonko a été élu président de l’Assemblée nationale avec 132 voix sur 133 votants.

Ce retour spectaculaire au sommet de l’État confirme une réalité désormais difficile à masquer; la rupture entre les deux hommes forts du PASTEF semble consommée.

Pendant que le président Diomaye Faye tente de reprendre le contrôle de l’exécutif avec la nomination d’Ahmadou Al Aminou Lo comme nouveau Premier ministre, Sonko conserve, lui, un poids politique considérable grâce à sa majorité parlementaire.

Le Sénégal entre ainsi dans une nouvelle phase politique où deux figures issues du même combat se retrouvent désormais face à face.

Une séquence politique préparée depuis plusieurs mois

Le choc observé cette semaine ne surgit pas brutalement. Depuis plusieurs mois, des signes de tensions apparaissaient déjà entre les deux dirigeants sénégalais.

En mars dernier, plusieurs analyses évoquaient une rivalité croissante au sommet de l’État. Les désaccords concernaient notamment la gouvernance, le rythme des réformes et la répartition réelle du pouvoir.

Progressivement, Bassirou Diomaye Faye a commencé à construire sa propre autonomie politique. Cette stratégie a été perçue par certains cadres du PASTEF comme une volonté d’émancipation vis-à-vis de l’influence de Sonko.

Dans le même temps, Ousmane Sonko continuait d’incarner la figure la plus populaire du mouvement auprès d’une partie importante de la jeunesse sénégalaise.

Le limogeage qui a changé l’équilibre du pouvoir

Le 23 mai 2026 marque un tournant historique dans la relation entre les deux anciens alliés.

Ce jour-là, Bassirou Diomaye Faye décide de mettre fin aux fonctions de son Premier ministre et de dissoudre le gouvernement.

Cette décision intervient après plusieurs désaccords devenus publics, notamment sur la gestion économique du pays et sur certaines réformes institutionnelles sensibles.

Selon plusieurs médias internationaux, les tensions se sont aggravées autour des discussions avec le FMI et de la crise de la dette sénégalaise. Sonko rejetait certaines options de restructuration financière, tandis que le camp présidentiel semblait privilégier une approche plus pragmatique.

Mais derrière les divergences économiques, une autre bataille se jouait discrètement; celle du leadership réel du pouvoir sénégalais.

Sonko reste au cœur du système

Contrairement à ce que certains observateurs imaginaient, le départ de Sonko de la Primature ne l’a pas éloigné du pouvoir.

Au contraire, son élection à la tête de l’Assemblée nationale lui offre désormais une position institutionnelle stratégique.

Le président du Parlement devient en effet la deuxième personnalité de l’État sénégalais. Cette fonction permet à Sonko de conserver une forte influence sur les réformes et sur l’agenda politique national.

Plusieurs analystes redoutent désormais une forme de cohabitation tendue entre la présidence et l’Assemblée nationale.

D’autant plus que le PASTEF reste profondément partagé entre les fidèles de Sonko et les soutiens du président Diomaye Faye.

Une crise politique qui inquiète au-delà du Sénégal

Cette fracture intervient dans un contexte économique déjà fragile.

Depuis plusieurs mois, le Sénégal traverse une période financière délicate marquée par une dette publique en forte hausse et des discussions complexes avec les bailleurs internationaux.

Après le limogeage de Sonko, plusieurs investisseurs ont immédiatement exprimé leurs inquiétudes concernant la stabilité politique du pays. Reuters rapporte notamment que Morgan Stanley a alerté sur une augmentation du risque de défaut du Sénégal.

Cette instabilité pourrait ralentir certaines réformes économiques promises depuis l’alternance historique de 2024.

Derrière la rupture, la bataille de 2029

Au-delà des discours officiels, de nombreux observateurs considèrent désormais que la présidentielle de 2029 se joue déjà en arrière-plan.

Longtemps présenté comme le mentor politique de Diomaye Faye, Ousmane Sonko semble difficilement accepter une réduction de son influence au sein de l’appareil d’État.

De son côté, le président sénégalais cherche progressivement à affirmer sa propre stature présidentielle et à sortir de l’image d’un chef d’État placé sous tutelle politique.

Cette confrontation silencieuse transforme progressivement le duo historique du PASTEF en un véritable duel institutionnel.

Et au Sénégal, beaucoup commencent désormais à se poser la même question : jusqu’où ira le clash entre Sonko et Diomaye Faye ?

Charité-Dadie Zamba

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