La justice belge franchit une étape majeure dans le dossier lié à l’assassinat de Patrice Emery Lumumba. Mardi 17 mars, elle a ordonné le renvoi devant le tribunal correctionnel de Bruxelles de l’ancien diplomate Étienne Davignon, âgé de 93 ans.
Dernier survivant des responsables belges visés par une plainte déposée en 2011 par les enfants de Lumumba, il est poursuivi pour détention et transfert illicites d’un prisonnier, privation du droit à un procès équitable et traitements humiliants. En revanche, l’intention de tuer n’a pas été retenue par le parquet fédéral.
Cette décision intervient après plus d’une décennie d’instruction. Selon les autorités judiciaires, la position qu’occupait Étienne Davignon au début des années 1960 lui aurait permis d’être informé des conditions d’arrestation et de transfert de l’ancien Premier ministre congolais.
Une affaire au cœur de l’histoire coloniale
Premier chef de gouvernement de la République démocratique du Congo indépendante, Patrice Lumumba avait été renversé, arrêté puis transféré au Katanga. Il y est exécuté le 17 janvier 1961 aux côtés de ses compagnons, dans un contexte marqué par la guerre froide, les sécessions et les ingérences étrangères.
Les faits reprochés à Étienne Davignon s’inscrivent dans cette période trouble. À l’époque, il était jeune diplomate en poste à Kinshasa puis à Brazzaville, au moment où se déroulaient ces événements.
La famille Lumumba en quête de reconnaissance
Présents à l’audience, six membres de la famille Lumumba se sont constitués parties civiles. Pour eux, ce procès dépasse la question d’une réparation.
« L’objectif premier de cette plainte n’a jamais été une quelconque réparation. C’est d’abord pour faire jurisprudence, et qu’on comprenne que ce qui a été fait pendant l’époque coloniale a été un crime », a déclaré Blandine Lumumba, épouse de François Lumumba.
Elle insiste également sur les conséquences durables de cet assassinat :
« Les conséquences de cet acte criminel continuent à affecter la famille Nous croyons que cette justice va réparer beaucoup de choses ».
Vers un procès au retentissement historique
Les parties civiles réclament désormais un débat public sur ce qu’elles qualifient de crime d’État, ainsi qu’une reconnaissance claire des responsabilités belges.
De son côté, la défense a soulevé la question de la prescription et du délai raisonnable, arguments qui n’ont pas empêché la justice de poursuivre la procédure.
La relance de cette affaire s’appuie notamment sur les travaux de l’historien Ludo De Witte, qui a documenté l’implication d’acteurs belges dans l’assassinat de Patrice Lumumba.
Avec ce renvoi en procès, la justice belge ouvre la voie à un examen inédit des responsabilités liées à l’un des événements les plus marquants de l’histoire politique congolaise.
Rédaction
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