La Cour militaire de Kinshasa/Gombe a examiné, jeudi 5 mars, la deuxième audience du dossier opposant le ministère public à Philémon Mambabwa Zebo, cadre de l’Agence nationale des renseignements (ANR), ainsi qu’à plusieurs coaccusés. Dans cette procédure, Marie‑Ange Mushobekwa et ses proches se sont constitués parties civiles, notamment son fils Claudien Likulia Lifoma.
Contrairement à la première audience, l’administrateur principal de l’ANR a comparu personnellement devant la juridiction militaire. Toutefois, après de brèves discussions entre les différentes parties, la Cour a décidé de renvoyer l’affaire au 12 mars prochain.
Le procès transféré à la prison militaire de Ndolo
Par ailleurs, la juridiction militaire a annoncé le transfert des audiences vers la Prison militaire de Ndolo. Selon la Cour, les installations actuelles ne permettent pas d’accueillir convenablement les avocats, les prévenus, les journalistes et les observateurs.
Ainsi, cette décision vise à garantir de meilleures conditions d’organisation et à faciliter le déroulement des prochaines audiences.
La défense plaide pour un huis clos
Au cours de l’audience, les avocats de Philémon Mambabwa Zebo ont demandé l’exclusion de la presse. Selon eux, les fonctions occupées par leur client au sein de l’ANR nécessitent une protection particulière contre une exposition publique.
De plus, la défense a estimé que certains aspects du dossier pourraient aborder des sujets sensibles impliquant des mineurs. Pour les conseils du prévenu, ces éléments exigeraient davantage de discrétion afin de préserver les bonnes mœurs et la protection des enfants concernés.
Par ailleurs, ils ont accusé la partie civile d’alimenter le débat sur les réseaux sociaux, ce qui pourrait, selon eux, influencer l’opinion publique avant même la fin du procès.
La Cour maintient l’accès des journalistes
Face à ces arguments, le premier président de la Cour militaire de Kinshasa/Gombe, Kilensele Muke Jean‑Robert, a adopté une position différente.
Le magistrat a confirmé que les journalistes pourront continuer à assister aux audiences. Toutefois, il a précisé que la Cour se réserve la possibilité d’exclure temporairement la presse si certaines séquences du procès exigent un traitement confidentiel.
Dans le même esprit, le président de la juridiction a invité les professionnels des médias à faire preuve de responsabilité dans la couverture de cette affaire. Selon lui, la Cour statuera uniquement sur la base des faits et des arguments présentés devant la justice, sans se laisser influencer par les réseaux sociaux ou par la pression médiatique.
De leur côté, les avocats de Marie‑Ange Mushobekwa ont soutenu cette position. Ils estiment que la transparence reste essentielle dans un dossier aussi sensible.
Les coaccusés désormais assistés par leurs avocats
Entre-temps, plusieurs autres prévenus, notamment des policiers affectés à la sécurité du cadre de l’ANR et soupçonnés d’avoir participé aux violences dénoncées par la partie civile, ont comparu assistés de leurs avocats.
Lors de l’audience, leurs conseils ont sollicité un délai de deux semaines afin d’étudier le dossier. Cependant, la Cour n’a pas retenu cette demande. En réaction, la partie civile a rappelé qu’il s’agit d’une affaire pénale nécessitant une instruction rapide afin de permettre à la justice d’établir clairement les responsabilités.
Des tensions avant l’ouverture de l’audience
Avant le début de la séance, des individus se présentant comme des éléments de l’ANR auraient tenté d’empêcher certains journalistes et cameramen de filmer ou de prendre des images lors de la comparution du principal prévenu.
Cet incident a provoqué un moment de tension parmi les professionnels des médias présents sur place.
Pour sa part, Marie‑Ange Mushobekwa a appelé les journalistes à rester sereins et à poursuivre leur travail avec professionnalisme, tout en respectant les faits et les règles de l’éthique journalistique.
Une affaire suivie de près par l’opinion publique
Cette procédure judiciaire intervient après une affaire qui a suscité une vive réaction au sein de l’opinion publique congolaise. Les faits concernent des violences présumées subies par les fils de l’ancienne ministre des Droits humains.
Dans ce contexte, plusieurs voix ont exigé l’ouverture d’une enquête et la comparution des présumés auteurs devant la justice.
Ainsi, pour certains observateurs, la procédure visant un cadre de l’Agence nationale des renseignements constitue un test important pour l’indépendance de la justice militaire.
Parmi les accusations examinées par la Cour figurent notamment des faits de torture ainsi que l’incitation de militaires à commettre des actes contraires à la loi.
Cecile Lowa
