Dans la salle comble du camp Lufungula, les regards se fixent sur l’écran où défilent des images tirées des caméras de surveillance. On y voit la caissière de la Rawbank, Bénédicte Tshiola, remettre calmement des liasses de billets à Honorine Porsche, la femme au centre du braquage présumé de cette agence bancaire.
Il est 9h45, un mardi matin, lorsque la scène s’est produite. L’ambiance est lourde. Chaque détail ravive le souvenir du crime.
Quelques minutes plus tard, la voix d’Honorine Porsche s’élève, ferme mais chargée de tension. « Oui, je reconnais qu’elle m’avait donné de l’argent après que je l’ai menacée de la tuer. C’est alors qu’elle m’a remis de l’argent », avoue-t-elle sans détour.
Ce moment de confession glace la salle. On perçoit le mélange d’assurance et de fragilité qui habite la prévenue.
Pourtant, un autre témoignage vient bouleverser la perception du public. En effet, un médecin du Centre neuro-psycho-pathologique (CNPP) de Kinshasa, le docteur Roland Nengi, révèle à la barre que la prévenue souffre d’un trouble mental.
Selon lui, les traumatismes vécus durant son enfance, le refus de la garde de ses enfants et le poids des dettes contractées en Allemagne auraient contribué à altérer son équilibre psychique. « Honorine Porsche est ce qu’on appelle une personnalité antisociale. C’est vrai qu’elle paraît en bonne santé, mais sa tête est dérangée. D’ailleurs, beaucoup de gens à Kinshasa souffrent de dépression sans le savoir », souligne le spécialiste, suscitant un murmure d’étonnement dans la salle.
Pendant ce temps, à quelques mètres de là, la Cour militaire de la Gombe vit un autre moment fort. L’instruction est close. Le ministère public requiert des peines allant de deux à dix ans de prison contre sept militaires poursuivis pour violation de consigne, attentat à la pudeur et non-dénonciation.

Selon les réquisitions, deux autres prévenus pourraient bénéficier d’un acquittement. Le ton est grave, et les visages des familles trahissent l’angoisse du verdict à venir.
Ainsi, cette journée d’audience a tenu la capitale en haleine. Entre la confession d’une femme troublée par ses démons intérieurs et le sort de militaires pris dans la tourmente judiciaire, le tribunal militaire de la Gombe a offert le spectacle d’une justice à la fois implacable et humaine. Au-delà des faits, c’est tout Kinshasa qui semble interpellé par les drames silencieux que cachent les uniformes et les sourires ordinaires.
Cecile Lowa
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