jeudi, mai 14, 2026

Kasaba-Fizi noyée sous les eaux : 114 morts et un village en ruines

Kasaba, territoire de Fizi L’air est lourd, saturé d’humidité et de silence. Là où se dressaient autrefois des maisons, il ne reste que boue, planches fracassées et toits éventrés. Une semaine après les inondations meurtrières qui ont frappé le village de Kasaba, au Sud-Kivu, le bilan s’est alourdi : 114 morts, dont 19 femmes, 56 hommes et 49 enfants, selon le gouvernement provincial.

C’est ce lundi 12 mai, à 11h15, que le porte-parole de l’exécutif provincial, a annoncé les chiffres mis à jour. Le précédent bilan, communiqué le week-end dernier, faisait état de 61 morts. « C’est une catastrophe d’une ampleur inédite pour notre territoire », a-t-il confié, le visage fermé, en conférence de presse.

Une nuit d’horreur

Tout a basculé dans la nuit du 8 au 9 mai 2025. Des pluies diluviennes se sont abattues sur la région, gonflant les eaux des rivières Kasaba et Bekya. Les deux cours d’eau sont sortis de leur lit, emportant tout sur leur passage. « Je dormais avec mes enfants. J’ai entendu un grondement, comme un avion qui tombe. L’eau est arrivée d’un coup, elle a tout pris », raconte Marie-Béatrice, une mère de quatre enfants qui n’en a retrouvé que deux vivants.

Les dégâts sont immenses : plus de 150 maisons détruites, des champs ravagés, des routes impraticables. Des familles entières ont été ensevelies sous les décombres ou emportées par les flots. Les secouristes, appuyés par des villageois, continuent de fouiller la boue et les gravats à la recherche de corps. Le travail est long, épuisant, parfois interrompu par de nouvelles pluies.

Un village sans repères

Kasaba n’est plus qu’un champ de ruines. Les rares bâtiments debout sont fissurés, fragilisés. Des enfants en haillons marchent pieds nus dans la boue, tenant des casseroles ou des sacs plastiques. « Il n’y a plus rien. Ni eau potable, ni nourriture, ni soins », déplore Munganga, un ancien instituteur du village. L’école où il enseignait est en ruines, tout comme le petit centre de santé qui servait à toute la communauté.

Les déplacés ont trouvé refuge sur les hauteurs, sous des abris de fortune faits de bâches et de branches. L’accès à la zone reste difficile les routes sont endommagées, certaines complètement coupées.

Un appel à l’aide

Le gouvernement provincial et des ONG locales ont commencé à envoyer de l’aide des vivres, des kits de survie, des médicaments. Mais les besoins dépassent largement les capacités actuelles. « Il faut une réponse nationale et même internationale. On parle de dizaines de familles anéanties, d’enfants devenus orphelins », plaide un agent humanitaire rencontré sur place.

Cette catastrophe ravive le traumatisme des habitants du Sud-Kivu, déjà frappés début mai par des inondations dans les villages de Bushushu et Nyamukubi, qui avaient fait plus de 400 morts. Le dérèglement climatique et l’urbanisation anarchique sur des zones inondables sont pointés du doigt.

Et maintenant ?

Alors que les recherches continuent, le village pleure ses morts. À la sortie du cimetière improvisé, une vieille femme sanglote, tenant contre elle la photo d’un petit garçon. Autour, le silence retombe, brisé seulement par les cris d’une pelle creusant la terre lourde.

Kasaba enterre ses enfants, et attend.

Correspondance

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