UNE DÉLICATESSE DIPLOMATIQUE QUI INTERROGE…
Le sommet conjoint EAC-SADC du 8 février 2025 marque une étape cruciale dans la gestion du conflit en République Démocratique du Congo (RDC). Pourtant, derrière l’apparente fermeté de certaines résolutions, une réalité saute aux yeux : l’extrême prudence des dirigeants africains face à la question rwandaise. Alors que le conflit en RDC est en grande partie alimenté par des ingérences étrangères, le sommet a soigneusement évité toute condamnation explicite du Rwanda, pourtant identifié comme un acteur central de l’instabilité dans l’Est du pays.
Loin d’adopter un ton accusateur, le communiqué final se limite à des euphémismes diplomatiques. Il évoque la nécessité de mettre en œuvre la neutralisation des FDLR et le “désengagement des forces rwandaises du territoire congolais”, conformément au processus de Luanda. Une formule d’une prudence extrême qui ne désigne jamais Kigali comme une puissance agresseuse. Or, la présence rwandaise en RDC ne relève ni d’un secret d’État ni d’une hypothèse diplomatique : elle est documentée, dénoncée et confirmée par plusieurs rapports internationaux. Pourquoi alors cette indulgence, alors même que le sommet réunissait en présentiel des chefs d’État et de gouvernement directement concernés, dont la cheffe du gouvernement congolais ?
Autre fait marquant : la posture du président Félix Tshisekedi. Contrairement aux autres dirigeants présents à Dar es Salaam, il a suivi les discussions en visioconférence. Un détail qui en dit long sur les rapports de force au sein de cette rencontre. Face à ses homologues est-africains et australiens, Tshisekedi n’a pas pu exercer pleinement son poids diplomatique. L’absence physique du président congolais a-t-elle influencé la tonalité modérée du sommet ? Ou, au contraire, cette modération était-elle un choix délibéré des instances régionales pour éviter de froisser Kigali et préserver une fragile unité continentale ?
Ce sommet, bien que symboliquement fort, pose donc une question de fond : l’Afrique est-elle réellement prête à s’affranchir des jeux d’influence et à affronter, sans détours, les véritables causes du chaos en RDC ? À force de diplomatie douce et de prudence calculée, le risque est de laisser la crise s’enliser, au détriment de la souveraineté et de la stabilité du peuple congolais.
Rédaction politique internationale
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