Depuis sa cellule de la prison centrale de Makala, Chançard Bolukola reprend la parole. Dans une longue lettre manuscrite de six pages rendue publique le 19 avril 2026, l’ancien directeur général a.i. du FRIVAO ne se limite pas à se défendre : il accuse ouvertement une construction progressive d’un récit à charge autour de sa gestion.
Détenu depuis neuf mois pour un présumé détournement de fonds destinés aux victimes de la guerre des Six Jours à Kisangani, il affirme que les déclarations publiques récentes auraient profondément affecté sa situation judiciaire. Selon lui, certaines informations relayées dans l’espace médiatique auraient précédé l’établissement complet des faits.
Une bataille de versions autour du film sur la guerre des Six Jours
La controverse s’est intensifiée après les déclarations du ministre de la Justice, Guillaume Ngefa, évoquant un documentaire financé à hauteur de 1,6 million de dollars pour une production de six minutes. Une affirmation ayant conduit à l’annonce d’investigations judiciaires.
Dans sa lettre, Bolukola présente une lecture opposée. Il soutient que le projet concernait un documentaire d’une heure quatorze minutes, contractualisé pour 640 000 dollars hors taxes. Il estime que les montants avancés publiquement ne correspondent pas aux documents contractuels et auraient contribué à alimenter les soupçons à son encontre.
Les opérations immobilières du FRIVAO à Kisangani constituent un autre sujet de controverse. Le président du conseil d’administration, Dismas Kitenge, avait récemment mis en doute l’achat de parcelles pour un montant global de 250 000 dollars, accompagné de frais additionnels jugés excessifs.
L’ancien gestionnaire affirme pour sa part qu’il s’agissait d’un projet foncier plus large visant la constitution d’un hectare destiné aux activités du fonds. Il évoque l’acquisition de 25 parcelles et précise que les frais supplémentaires couvraient honoraires juridiques, commissions et démarches administratives, toutes documentées selon lui.
Une procédure contestée et des inquiétudes sur la gestion du dossier
Au-delà des chiffres, la lettre révèle surtout une inquiétude sur la conduite du processus administratif après son départ. Chançard Bolukola affirme qu’aucune remise et reprise officielle n’aurait été organisée avec son successeur, Monseigneur François Mwarabu, laissant selon lui place à des zones d’ombre dans la conservation des dossiers.
S’adressant directement aux magistrats, il appelle à une instruction basée sur des preuves vérifiées et non sur des déclarations publiques. Il demande un examen approfondi du dossier afin d’éviter, écrit-il, « une justice influencée par les perceptions ».
Audit annoncé et procès toujours en cours
Pendant ce temps, le gouvernement prévoit un audit du fichier d’identification des victimes indemnisées par le FRIVAO, certaines listes étant soupçonnées de contenir de faux bénéficiaires. Bolukola se dit favorable à ce contrôle, tout en rappelant la coexistence de plusieurs bases de données constituées au fil du programme.
Toujours détenu à Makala, l’ancien directeur attend désormais que le débat quitte l’arène médiatique pour se poursuivre exclusivement devant la justice, où se jouera l’issue d’une affaire devenue emblématique des enjeux de gouvernance autour du mécanisme d’indemnisation des victimes de Kisangani.
Charité-Dadie Zamba
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