Alors que la guerre liée à l’AFC/M23 persiste dans l’Est, Kinshasa privilégie surtout la voie diplomatique pour tenter de contenir la crise. En effet, les autorités congolaises s’impliquent dans plusieurs cadres de négociation : processus de Luanda, initiative de Nairobi, discussions soutenues par Washington entre Kinshasa et Kigali, puis pourparlers de Doha entre le gouvernement et la rébellion.
Cependant, ces démarches divisent l’opinion. D’un côté, certains responsables saluent ce qu’ils décrivent comme une diplomatie active du pouvoir. De l’autre, plusieurs voix estiment que les résultats restent faibles sur le terrain.
Un livre pour repenser la diplomatie congolaise
L’ancienne sénatrice Francine Muyumba prend clairement position dans son nouvel ouvrage Pour une diplomatie congolaise source de prospérité nationale et de rayonnement international. Elle y critique une approche qu’elle juge insuffisante et appelle à une réorientation stratégique.
Selon elle, « la RDC traverse une heure de vérité ». Malgré les annonces officielles et les communiqués internationaux, elle s’interroge : « pourquoi, en dépit de prétendues victoires diplomatiques, rien ne change concrètement sur le terrain ? ».
Après plusieurs années passées à la tête de la Commission des relations extérieures du Sénat, elle estime que le pays confond agitation et influence. Pour y remédier, elle propose une transformation profonde de l’appareil diplomatique.
« La diplomatie exige une compréhension froide des rapports de force et une restructuration radicale. Il faut mettre fin à la complaisance et bâtir un véritable outil de puissance », soutient-elle.
Préfacé par le professeur Emmanuel Caulier, l’ouvrage se veut davantage un manifeste qu’une simple publication académique. L’auteure affirme vouloir faire de la diplomatie « le levier de l’économie et le bouclier de l’intégrité territoriale ».
Des négociations multiples mais peu d’effets visibles
Sur le plan international, plusieurs initiatives se chevauchent. Les discussions entre Kinshasa et Kigali avancent difficilement malgré l’implication américaine. Les tensions persistent, chaque camp accusant l’autre de ne pas respecter ses engagements.
Parallèlement, les négociations menées à Doha avec l’AFC/M23 peinent aussi à produire des résultats concrets. Pourtant, différents textes ont déjà été signés : déclaration de principes, mécanisme de cessez-le-feu et accord-cadre. Leur mise en œuvre reste toutefois limitée.
Dans ce contexte, Francine Muyumba appelle à abandonner une diplomatie réactive pour construire une stratégie capable d’imposer les intérêts nationaux.
« La RDC ne doit plus subir les agendas extérieurs ; elle doit imposer les siens », conclut-elle.
Charité-Dadie Zamba
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