jeudi, mai 14, 2026

« Armée des clochards »: Effort de guerre en RDC : la communication présidentielle, un facteur clé

Tribune | Serge MANYA, le Dissident

En temps de guerre, la parole présidentielle engage l’État tout entier. En tant que Chef de l’État et Commandant suprême, chaque mot pèse sur la cohésion nationale. Surtout, il influence directement le moral des troupes.

Ainsi, comme le rappelle Prince Kinana sur X, « dans tout État confronté à des défis sécuritaires majeurs, la parole du chef de l’État n’est jamais neutre ». Elle structure la doctrine sécuritaire. Elle façonne aussi la relation entre le pouvoir politique et l’armée.

Dès lors, les propos attribués au Président Félix Tshisekedi, qualifiant les militaires de « clochards », dépassent la simple controverse. Ils interrogent la capacité du pouvoir à conduire une armée engagée dans une guerre active. Peut-on diriger une armée en guerre par l’humiliation publique ?

Une contradiction politique lourde de sens

D’un côté, le discours actuel choque. De l’autre, il contredit une déclaration antérieure. En 2019, le Président affirmait avoir hérité d’une armée républicaine, structurée et engagée vers la professionnalisation.

Dès lors, une question s’impose. Comment une institution jugée hier en reconstruction devient-elle aujourd’hui une armée de « clochards » ? Cette incohérence affaiblit le message politique. Pire encore, elle fragilise la crédibilité du commandement civil.

Ainsi, soit le diagnostic initial manquait de sincérité, soit la sortie actuelle relève de l’excès. Dans les deux cas, la confiance institutionnelle en pâtit.

Une rupture symbolique entre le sommet et la troupe

Traditionnellement, le Chef de l’État protège l’honneur du soldat. Même lorsqu’il exige des réformes, il préserve le lien moral avec la troupe. Or, employer un vocabulaire socialement stigmatisant rompt ce pacte symbolique.

Comme l’écrit Prince Kinana, « le soldat congolais n’est pas un simple exécutant ». Il reste le produit d’un système étatique marqué par la désorganisation, le sous-financement et l’instrumentalisation politique. Le désigner comme responsable principal revient donc à déplacer la faute du sommet vers la base.

Autrement dit, cette parole nie la dimension structurelle de la crise des FARDC.

Une erreur stratégique en pleine guerre asymétrique

Sur le plan militaire, cette communication s’avère contre-productive. La RDC affronte une guerre asymétrique complexe. Elle combine groupes armés, pressions étrangères et guerre informationnelle.

Dans ce contexte, le moral de la troupe constitue une ressource stratégique essentielle. Il vaut autant que l’armement ou le renseignement. Comme le souligne Prince Kinana, « l’humiliation publique fragilise la chaîne de commandement et nourrit le ressentiment ».

On ne réforme pas une armée par le mépris. Au contraire, on la réforme par la formation, la discipline et la reconnaissance.

Une faute politique aux répercussions civiles

Au-delà des rangs militaires, ces propos risquent d’aggraver la fracture avec la population. Dans un pays où l’uniforme inspire déjà parfois la méfiance, la parole présidentielle devrait restaurer la confiance.

Pire encore, comme l’alerte Prince Kinana, « délégitimer publiquement ses propres forces armées offre un avantage narratif aux groupes rebelles ». Or, la guerre moderne se joue aussi sur le terrain de l’opinion. Chaque mot devient alors une arme.

Gouverner, c’est assumer la responsabilité du sommet

Si l’armée congolaise souffre, la cause reste structurelle. Soldes irrégulières. Logistique défaillante. Formation insuffisante. Politisation du commandement. Le soldat reflète l’État qui l’envoie au front.

Par conséquent, une parole présidentielle responsable devrait reconnaître ces failles. Elle devrait imposer la discipline, tout en protégeant l’honneur minimal du combattant. Comme le résume Prince Kinana, « on peut exiger l’excellence sans mépriser la misère ».

Conclusion : la parole, une arme à double tranchant

Dans les relations civilo-militaires, la parole du Chef de l’État agit comme une arme stratégique. Bien utilisée, elle renforce la cohésion. Mal maîtrisée, elle devient un poison lent.

Ainsi, les propos attribués au Président Tshisekedi, s’ils ne sont ni clarifiés ni recontextualisés, risquent de marquer durablement l’imaginaire collectif. On peut réformer sans humilier. On peut corriger sans insulter.

Car, comme le conclut Prince Kinana, « on ne gagne jamais une guerre, ni militaire ni politique, contre ses propres soldats ».

Serge MANYA
Le Dissident

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