La prise d’Uvira par l’AFC/M23 bouleverse l’équilibre fragile établi autour des accords de paix négociés ces dernières semaines. Ville stratégique du Sud-Kivu, Uvira représentait un point d’appui majeur pour la présence de l’État dans la région. Son occupation place désormais les facilitateurs internationaux face à un défi inédit : restaurer la confiance dans des initiatives diplomatiques déjà fragilisées.
Kinshasa s’interroge sur la fiabilité de Kigali
Dans sa réaction, le gouvernement congolais met en cause le rôle du Rwanda. Il estime que cette progression rebelle contredit l’esprit des accords de Washington et remet en question la sincérité des engagements pris il y a moins d’une semaine. Par conséquent, Kinshasa demande aux partenaires impliqués dans ces processus de paix d’adopter des mesures fermes pour préserver la crédibilité des démarches en cours.
Le communiqué officiel souligne l’urgence d’une action coordonnée. Selon Kinshasa, l’occupation d’Uvira traduit un choix politique assumé qui met directement en péril le travail engagé par les États-Unis, le Qatar et l’Union africaine. Dès lors, la RDC demande aux médiateurs de mobiliser l’ensemble de leurs leviers diplomatiques afin de rétablir le respect des engagements signés et d’empêcher l’effondrement du cadre de paix.
L’ONU rappelée à ses responsabilités
En parallèle, le gouvernement congolais interpelle le Conseil de sécurité. Il lui demande d’assurer l’application stricte de sa résolution 2773 (2025), liée à la protection des civils et au retrait des troupes étrangères. Malgré l’évolution sur le terrain, Kinshasa réaffirme néanmoins son attachement au processus diplomatique, tout en rappelant son obligation de protéger son territoire.
Un contexte régional de plus en plus instable
Cette nouvelle escalade intervient alors que les accords de Washington étaient censés relancer un cessez-le-feu. Pourtant, la situation n’a cessé de se détériorer depuis leur signature. Les deux capitales, Kinshasa et Kigali, s’accusent désormais mutuellement d’avoir compromis les efforts visant à stabiliser l’Est de la RDC.
La chute d’Uvira revêt une dimension symbolique forte. Après la prise de Bukavu en février, Kinshasa y avait transféré provisoirement plusieurs services administratifs. Désormais, la progression rebelle étend son emprise sur toute la zone sud de la province, ce que certains diplomates qualifient de revers majeur pour les négociations régionales.
Doha pourrait ouvrir un nouveau cycle de discussions
Face à l’urgence, les autorités qataries envisagent un nouveau round de négociations. L’AFC/M23 affirme être prêt à y participer. Cette annonce pourrait ouvrir une nouvelle séquence diplomatique, même si le climat actuel rend la tâche des facilitateurs particulièrement délicate.
Cecile Lowa
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