jeudi, mai 14, 2026

RDC/ De l’Union sacrée à l’union manquée : comment Kyabula a creusé sa propre sortie

Où se cache Jacques Kyabula Katwe ?
Pourquoi l’ancien tout-puissant gouverneur du Haut-Katanga s’est-il volatilisé comme une goutte d’eau sur le bitume de Lubumbashi ?
Et surtout, que lui reproche-t-on exactement ? Ces questions alimentent rumeurs, spéculations et sarcasmes depuis que l’homme a défié Kinshasa avant de disparaître.

Tout a basculé un 30 juin

D’abord, il y a eu un discours.

Un discours en swahili, simple, direct, un brin familial. Le 30 juin 2025, lors d’un meeting de l’Union sacrée à Lubumbashi, Jacques Kyabula se tient debout, micro en main, devant une foule compacte et euphorique.

Partout autour de lui, flottent des drapeaux tricolores frappés des couleurs de la République. Des effigies du chef de l’État, des insignes du parti au pouvoir, des pagnes aux motifs bleu, rouge, jaune s’agitent au rythme des chants.

Ensuite, on s’attendait à ce que l’homme caresse dans le sens du symbole. Il aurait dû saluer les couleurs, se fondre dans l’ambiance, glorifier le régime. Mais non. Loin de se laisser hypnotiser par les emblèmes auréolés, il dérape ou plutôt, il parle trop franc. Il affirme que Kabila et Nangaa sont des Congolais, que leurs différends doivent se régler en famille, et pointe le Rwanda comme l’ennemi principal dans la guerre à l’Est.

Une sortie en dissonance totale avec la ligne de Kinshasa, qui n’a de cesse de désigner l’ancien président Joseph Kabila comme une figure trouble liée aux rebelles du M23.

Des propos de trop ?

Les réactions n’ont pas tardé.
Dans les hautes sphères de Kinshasa, certains ont vu dans cette sortie un trait de lucidité.

D’autres, beaucoup plus nombreux, y ont lu une trahison déguisée. Car en période de guerre, désigner « le vrai ennemi » alors que le pouvoir central mène une croisade contre des présumés complices internes, c’est risquer de faire passer les alliés pour des martyrs et les chefs pour des persécuteurs.

Quand l’État appelle, mieux vaut répondre

Par conséquent, l’homme a reçu une convocation formelle. Une belle note officielle, pleine de majuscules, de « STOP »et de « SENTIMENTS PATRIOTIQUES », signée par le vice-Premier ministre Jacquemain Shabani.

Il y était prié de tout laisser tomber et de rejoindre Kinshasa en urgence pour consultation.
Mais visiblement, Kyabula n’aime ni les urgences ni les consultations forcées. Il n’est jamais venu.

Un gouverneur remplaçable, à défaut d’être obéissant

Dès lors, le pouvoir n’a pas tardé à agir.
En guise de réponse immédiate, le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur a désigné Martin Kazembe, vice-gouverneur du Haut-Katanga, pour assurer l’intérim.

L’homme loyal et disponible a été instruit de reprendre les rênes. Une nomination discrète, mais lourde de signification. Désobéir coûte son fauteuil, surtout quand on le fait sur fond de soupçons de complicité.

Une disparition organisée, une traque discrète

Rapidement, les choses se sont corsées.
La Direction générale de migration (DGM) de Lubumbashi a rédigé une alerte urgente, l’homme est introuvable. À l’interne comme à l’externe, on doit fouiller, fouiner, flairer. Chaque province reçoit l’ordre de vérifier s’il ne s’est pas glissé chez elle ou s’il a quitté discrètement le pays.

Officiellement, Jacques Kyabula s’est dit souffrant. Officieusement, tout le monde murmure qu’il aurait franchi la frontière zambienne à la faveur de la nuit, sans trompette ni tambour, encore moins de sirène. Une fuite ? Peut-être. Une retraite anticipée ? Certainement pas volontaire. Une chose est sûre : il n’a pas quitté le fauteuil de gouverneur par amour du silence. Il en a été arraché.

En parallèle, les services de sécurité ont lancé un avis de recherche. Le message est clair, retrouver l’homme, où qu’il soit. Entre-temps, la province du Haut-Katanga fonctionne en mode intérim, pendant que les rumeurs, elles, circulent en grande vitesse.

En RDC, mieux vaut caresser l’ordre établi

Car dans l’actuelle configuration du pouvoir, tout semble tolérable sauf l’ambiguïté.
Le système n’apprécie guère ceux qui parlent « en famille » quand il faut désigner des traîtres. Encore moins ceux qui pointent un ennemi extérieur quand on leur demande de condamner l’intérieur.

Moralité ? En RDC, la prudence n’est pas une vertu. C’est une stratégie de survie.
Jacques Kyabula l’a appris à ses dépens. Et pendant qu’il digère la leçon quelque part sans doute loin de Kinshasa le peuple, lui, se contente de poser la seule question qui vaille.

Mais où est donc passé Kyabula ?

Charité-Dadie Zamba

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