À Masisi, au Nord-Kivu, les enfants n’échappent ni aux balles ni aux virus.
Dans cette région en proie à de violents affrontements, une campagne de vaccination contre la rougeole a récemment permis d’immuniser plus de 100 000 enfants âgés de 6 mois à 5 ans.
Un chiffre impressionnant dans un contexte marqué par la peur, la malnutrition et l’instabilité chronique.
Portée par Médecins Sans Frontières (MSF) et le ministère de la Santé, cette opération s’inscrit dans une urgence sanitaire nationale. Car la rougeole, loin d’être une vieille maladie oubliée, continue de tuer en République démocratique du Congo. En 2024, plus de 27 000 cas ont été enregistrés dans le pays.
Le Nord-Kivu à lui seul en concentre près d’un cinquième.
À Masisi, l’épidémie frappe fort. Depuis janvier, plus d’un millier d’enfants ont été infectés et au moins quatre en sont morts. MSF a soigné plus de 1 100 patients, dont plus de 200 ont dû être hospitalisés. Le personnel médical, souvent sous tension, fait ce qu’il peut dans des conditions extrêmes.
Les combats entre les rebelles du M23/AFC et les forces armées congolaises, épaulées par les milices locales, n’ont pas cessé. L’hôpital général de référence, soutenu par MSF, a été touché à plusieurs reprises par des tirs. Deux membres de l’organisation ont perdu la vie depuis le début de l’année.
Pourtant, malgré les dangers, les équipes de vaccination se déploient. Des chaînes du froid ont été mises en place, des relais communautaires formés, des sensibilisations menées dans les villages reculés. Il ne s’agit pas seulement d’administrer une dose de vaccin, mais de redonner espoir à des familles épuisées par la fuite, la faim et la maladie.
La malnutrition, justement, complique tout. Elle affaiblit les enfants, rend les complications plus fréquentes, les décès plus probables. Beaucoup d’enfants pris en charge lors de cette campagne souffraient à la fois de rougeole et de sous-alimentation.
MSF, qui multiplie les interventions à travers le pays, a déjà vacciné plus d’1,2 million d’enfants congolais cette année. Mais tant que la couverture vaccinale ne franchira pas le seuil critique des 95 %, les flambées épidémiques continueront de revenir, comme des vagues sur un rivage fragilisé.
À Masisi, la vie tient à un fil. Et parfois, à une seringue.
Rédaction
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