L’Assemblée nationale a autorisé ce dimanche 15 juin 2025 l’ouverture de poursuites judiciaires contre Constant Mutamba, ministre d’État en charge de la Justice. Le procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde, l’accuse de détournement de fonds publics dans un projet de construction de prison à Kisangani. Un tournant majeur dans une affaire d’État.
Le couperet est tombé. Les députés nationaux, réunis en plénière, ont approuvé la demande du parquet général près la Cour de cassation visant l’ouverture de poursuites contre le Garde des Sceaux, Constant Mutamba. L’annonce intervient après l’examen du rapport de la commission spéciale temporaire, mise en place pour étudier le réquisitoire du procureur général Firmin Mvonde.
Au cœur de cette affaire un détournement présumé de 19 millions de dollars américains, débloqués dans le cadre d’un projet de construction d’une maison carcérale à Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo. Selon le ministère public, aucun ouvrage visible n’a été identifié sur place, et l’entreprise censée exécuter les travaux, Zion Construction, demeure introuvable.
Le ministre auditionné à deux reprises
Constant Mutamba a déjà été entendu à deux reprises par les instances compétentes. Des auditions longues et détaillées, mais qui n’ont, selon le parquet, pas permis de dissiper les zones d’ombre. Au contraire, les réponses du ministre auraient renforcé les soupçons.
« Les explications fournies n’ont apporté aucun élément de nature à infirmer les faits », souligne le procureur Mvonde dans son nouveau réquisitoire. « Elles ont plutôt permis de comprendre et d’asseoir davantage l’accusation », ajoute-t-il.
Une société fantôme, des fonds évaporés
Toujours selon le rapport lu à l’Assemblée nationale, le ministre de la Justice n’a pas procédé à la vérification de l’existence juridique de Zion Construction, société bénéficiaire des fonds publics. Aucun contrôle technique sur les ouvrages annoncés n’a été réalisé. Pire encore, les associés de ladite entreprise sont aujourd’hui introuvables et font l’objet d’avis de recherche.
Sur le terrain, à Kisangani, aucun site de construction n’a pu être localisé, malgré l’important montant décaissé. Un constat alarmant, qui jette un voile sombre sur la gestion des finances publiques dans un secteur aussi sensible que celui de la justice pénitentiaire.
La riposte de Constant Mutamba : une récusation en bonne et due forme
En réaction à ces accusations, Constant Mutamba a récusé le procureur Firmin Mvonde et les magistrats de son office, dans une correspondance officielle datée du mardi 10 juin 2025. Le ministre invoque l’article 59 de la loi du 11 avril 2013 sur les juridictions de l’ordre judiciaire.
Il dénonce « une inimitié manifeste » de la part du chef du parquet général et réclame leur dessaisissement immédiat du dossier, mettant en doute leur impartialité.
Une affaire à suivre
Ce bras de fer judiciaire entre deux piliers des institutions de la République démocratique du Congo ouvre une nouvelle page de tensions au sommet de l’État. Alors que la lutte contre la corruption est érigée en priorité nationale, l’affaire Mutamba interroge sur les mécanismes de contrôle, les responsabilités politiques, et les dérives administratives dans la gestion des projets publics.
L’opinion attend désormais la suite de la procédure judiciaire, dans l’espoir que la transparence et la redevabilité prévalent. La justice congolaise est-elle prête à faire tomber les têtes, même les plus haut placées ? Le temps, et la procédure, le diront.
Charité-Dadie Zamba
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