Longtemps soupçonné de fuir ses juges, Augustin Matata Ponyo a finalement fait face à l’histoire qu’il a contribué à écrire. L’ancien Premier ministre s’est présenté ce lundi 14 avril 2025 devant la Cour constitutionnelle à Kinshasa, pour répondre des accusations de détournement présumé de fonds liés au mégaprojet du Parc agro-industriel de Bukanga Lonzo.
Une comparution remarquée, après plusieurs audiences où son absence avait nourri les spéculations et renforcé les doutes. Cette fois, Matata est là, calme, concentré, déterminé à faire valoir sa version dans un procès à haute portée politique et symbolique.
La Cour veut aller vite
Dès l’ouverture de l’audience, les débats ont été orientés vers des exceptions de procédure soulevées par les différentes parties. Mais la Cour n’a pas voulu s’enliser dans les détails techniques.

« En application de l’article 26 du code de procédure civile, la Cour constitutionnelle a décidé de joindre toutes les exceptions au fond afin que chaque partie connaisse le plus rapidement possible son sort », a tranché le juge président Dieudonné Kamuleta.
Une manière claire d’accélérer le traitement du dossier et d’éviter des renvois interminables dans une affaire qui dure depuis près de trois ans.
Un projet, un scandale
Le dossier Bukanga Lonzo est emblématique. Lancé en 2014 sous le gouvernement Matata, il promettait une révolution agricole en RDC. Mais il est aujourd’hui cité comme l’un des plus grands échecs de gestion publique, avec à la clé plus de 115 millions de dollars détournés, selon l’Inspection générale des finances.

Aux côtés de Matata, d’autres personnalités sont également poursuivies, dont l’ancien gouverneur de la Banque centrale, Deogratias Mutombo, et l’homme d’affaires sud-africain Christo Grobler.
Vers un tournant décisif
Le renvoi de l’audience au 23 avril permettra d’entrer dans le vif du procès. Mais déjà, la présence physique de Matata Ponyo marque un tournant dans cette saga politico-judiciaire.
S’est-il présenté pour se défendre sincèrement ? Ou pour garder le contrôle d’un récit qui pourrait l’emporter ? La suite dira si le face-à-face entre Matata et la justice congolaise ira jusqu’au bout.
Charité-Dadie Zamba
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